TOURISME SOUTENABLE A LESVOS:

VALORISATION DE L’HERITAGE NATUREL ET CULTUREL

 

SUSTAINABLE TOURISM WORLD CONFERENCE

LANZAROTE

24-29 April 1995

 

Dr. Ioannis SPILANIS

Laboratoire de Développement Insulaire

Département de l’Environnement

Université de l’Egée

 

 

L’île de Lesvos, située au nord-est de la Mer de l’Egée, est la huitième île de l’Union Européenne par sa taille (1.630 km2) et le onzième par sa population (87.151 - 1991). Géographiquement, elle appartient à l’Archipel de l’Egée - composé d’une centaine d’îles habitées et de quelques centaines d’îlots non habités - et, administrativement, à la région Vorio Aigaio (Nord Egée) dont Lesvos est l’île principale et sur laquelle est située la capitale (Mytilini). Vorio Aigaio est compris parmi les régions européennes dont le PIB par habitant est particulièrement bas (au-dessous de 40% de la moyenne du PIB communautaire par habitant).

L’île est de prédominance agricole (spécialisée dans la culture de l’olivier et à l’élevage des moutons), où travaille, d’après le recensement de 1991, 36% de la main d’œuvre (chiffre qui monte à presque 50% si on comptabilise les membres de la famille et les exploitants avec un autre métier principal). Pendant l’après guerre, Lesvos a subi une hémorragie démographique et économique; en effet entre 1961 et 1991, on enregistre une diminution de plus de 50% du nombre d’employés et de 25% de sa population, même si l’on a constaté une certaine stabilisation de la situation durant la dernière décennie!! A cela il faut ajouter un solde négatif du mouvement naturel de la population enregistré dès le milieu des années 80.

Lesvos n’a commencé à développer le tourisme que durant les années 80 et le premier charter est arrivé en 1982. Comparé à d’autres îles de l’Archipel telles que Rhodes, Kos, Santorini, Mykonos, Paros, Naxos ou même Samos, on doit parler d’un développement tardif et limité en volume (presque 60.000 arrivées dans les hôtels de l’île qui effectuent un peu plus de 300.000 nuitées). Il s’agit quasi exclusivement d’un tourisme héliotropique de masse qui commence déjà à montrer ses limites. En effet ce type de tourisme, développé spontanément, ne paraît pas apporter les bénéfices escomptés afin de redresser la situation socio-économique et démographique de l’île. Au contraire, un nombre croissant de problèmes surgit surtout quant à la viabilité économique des entreprises touristiques et à la capacité du secteur d’induire des retombées multiplicatrices à l’ensemble de l’économie locale. Des effets sur les structures socio-économiques et sur l’environnement naturel et bâti ne font qu’émerger vu la taille encore réduite du secteur.

Il s’agit des retombées découlant du fait que ce type de tourisme, qui subit la règle du cycle du produit, se trouve actuellement dans sa phase de saturation pendant laquelle, d’un côté il y a une banalisation de la production et une très grande concurrence à cause d’une offre excédentaire - faits qui pèsent sur les prix - et de l’autre côté des produits touristiques de substitution, ce qu’on appelle nouvelles formes du tourisme, se créent.

En plus, il faut ajouter que l’île de Lesvos n’a pas un avantage comparatif marqué sur le type du tourisme qu’elle essaie à développer. Ni le nombre et la qualité des plages, ni le climat, ni la distance par rapport aux pays émetteurs, ni les infrastructures nécessaires afin d’accueillir un grand nombre des touristes, ne lui permettent d’être compétitive sur le marché international. Pour y arriver les hôteliers sont obligés de maintenir, sous la pression des tour-operators, les tarifs très bas; ce qui les empêche d’avoir des entreprises rentables.

Cela évoque la nécessité d’une réorientation de la stratégie de développement touristique de l’île. Pour y arriver, il faut répondre aux questions suivantes:

a) Le tourisme soutenable est-il une stratégie viable pour Lesvos?

b) Quel type de spécialisation est valable pour Lesvos?

 

A. LA CREATION D’UNE NOUVELLE IMAGE TOURISTIQUE DE LESVOS: DE LA CONSOMMATION A LA VALORISATION DES RESSOURCES LOCALES

Pourquoi est-il nécessaire de changer de stratégie quand on a tant d’exemples, surtout parmi les îles, où le tourisme de masse a enregistré de résultats bénéfiques? On constate aujourd’hui que le miracle de Rhodes, de Mykonos et de Corfou des années 60 et 70 (tant admiré et envié dans un grand nombre d’îles grecques) - qui coïncide avec les premiers pas du tourisme de masse pendant l’après guerre - ne peut pas se reproduire. Dans ces îles, le développement spontané du tourisme a renversé la tendance du déclin démographique et économique pendant une période où, comme on a vu pour Lesvos, elle était forte à cause du manque des choix alternatifs de développement.

Mais ce succès sur le plan économique a provoqué une grande concentration d’installations et des flux touristiques dans l’espace et dans le temps dont la conséquence est l’apparition des déséconomies externes et des coûts sociaux énormes à cause d’un besoin croissant pour des infrastructures de toutes sorte (ports, aéroports, réseau routier, systèmes de gestion des déchets et eaux usées etc.). Ces infrastructures sont nécessaires non seulement pour assurer la continuation de cette expansion mais pour la survie du secteur à long terme. En même temps, les limites de la capacité de charge de l’environnement sont atteintes avec le risque d’y provoquer une grave détérioration dont les effets désastreux se reporteront en premier lieu sur l’activité touristique elle-même.

On constate donc que le modèle de développement touristique basé sur la consommation de l’environnement naturel et culturel et l’externalisation des coûts n’est plus viable pour les régions d’accueil, tant sur le plan économique que sur le plan environnemental. Une gestion différente des ressources s’impose laquelle ne peut être confiée aux seules forces du marché.

Cela coïncide avec deux changements d’importance majeure qui réclament la redéfinition des stratégies:

- Premièrement, il y a une évolution concernant le contenu du développement économique en général avec l’adoption de l’approche du développement soutenable et le tourisme est parmi les activités qui sont directement concernées (Commission of EU, 1992).

- Deuxièmement, il y a une diversification de la demande touristique avec l’apparition de nouvelles formes en substitution au tourisme de masse héliotropique et uniforme. Ces nouvelles formes du tourisme (rural, culturel, environnemental, nautique, scientifique, etc.) - dont le part dans le marché ne cesse d’augmenter - s’inscrivent dans la même logique de la durabilité.

Ces formes de tourisme ne sont pas complètement nouvelles. Par exemple le tourisme culturel est développé depuis longtemps, surtout en Grèce où les sites archéologiques de renommée internationale tels que l’Acropole, Delphes, l’Olympie etc. ont attiré depuis longtemps les touristes. Mais aujourd’hui le fait est que les touristes avec des intérêts spéciaux forment un groupe de consommateurs “up market” qui se démarque des touristes “de masse” à cause d’un certain nombre de caractéristiques:

- haut niveau d’éducation,

- recherche de vacances actives avec des expériences enrichissantes,

- intérêt grandissant pour les cultures locales (héritage culturel, gastronomie, langue, moeurs et coutumes, etc.),

- recherche du contact avec la nature et de la qualité de l’environnement naturel et bâti,

- recherche de l’authenticité, de la tranquillité, de la discrétion, de l’individualisme.

Ces touristes sont différenciés également à cause d’une autre caractéristique de taille: ils ne choisissent pas leur lieu de vacances seulement en fonction du prix, mais également en fonction du degré de satisfaction de leurs exigences; alors ils sont disposés à payer davantage si les services offerts les comblent. Or, on a à traiter avec des consommateurs convoités par le marché avide de “bons clients”.

Ces changements dans la demande touristique offrent une nouvelle chance, surtout aux îles dont l’écosystème, fragile, bien délimité et petit par définition, est sous pression à cause de l’accroissement démesuré des flux touristiques. Le risque de dépasser leur capacité de charge, surtout en ce qui concerne certaines matières premières critiques telles que l’eau et l’espace, est grand. En même temps, à raison de leurs particularités dues à la nature et à l’histoire, elles ont un avantage comparatif quant au développement de certaines de ces nouvelles formes du tourisme et plus particulièrement de celles qui se basent sur le patrimoine culturel et naturel.

Ces nouveaux produits touristiques doivent suivre trois principes:

- Valoriser et préserver les ressources naturelles et culturelles au lieu de les consommer.

- Maximiser la valeur ajoutée qui pourrait être retirée localement afin de faciliter l’accumulation du capital nécessaire au développement des îles. Il ne faut pas oublier que le développement touristique n’est pas un but en soi, mais un moyen afin de promouvoir l’amélioration du niveau de vie des habitants.

- Mettre au point des produits touristiques de qualité, basés sur les caractéristiques spécifiques des îles, car c’est là qu'elles ont des atouts considérables. Par contre les îles ont tout à perdre à la longue si elles adoptent une stratégie basée sur la “production de masse” et sur la compétition par les prix.

 

Or, la “durabilité” apparaît aujourd’hui comme une composante sine qua non de la proposition alternative au modèle de développement touristique dominant.

Pour revenir au problème spécifique de Lesvos, il est apparu nécessaire d’apporter des modifications essentielles à la planification touristique afin de créer une nouvelle image de l’île.

Cette nouvelle image est d’autant plus nécessaire que, comme nous l’avons vu précédemment, d’un coté il y a un changement de la demande touristique au niveau mondial et de l’autre côté Lesvos rencontre déjà des problèmes afin de promouvoir une stratégie touristique viable. Le produit touristique de Lesvos peut et doit sortir de l’anonymat et cela ne peut pas se faire sans forger une image bien particulière afin d’attirer la partie de la clientèle internationale qui s’y reconnaîtra. Il faut dire d’avance qu’il s’agit d’une démarche complexe et difficile à cause de l’implication de plusieurs acteurs et d’un processus continu afin de pouvoir prendre en considération les changements qui interviennent dans l’offre et dans la demande.

La conception, l’élaboration et la promotion de cette nouvelle image doit se baser sur trois principes:

 

1) Planification intégrée des actions ayant comme but la qualité, tant en ce qui concerne les services offerts, que l’environnement, naturel et bâti.

L’importance de la notion “qualité”, comme notion clé pour chaque intervention sur l’île, est immense:

- à cause du caractère de l’activité touristique dont les prestations ne se limitent pas à l’intérieur d’un espace fermé. Cela est encore plus vrai à Lesvos où on ne rencontre pas de complexes touristiques de grand taille ou de villages de vacances et par conséquent le touriste circule librement par tout et accède à des services qui ne lui sont pas destinés exclusivement.

- à cause du fait que les services offerts à Lesvos tant par les agents publics que par les opérateurs privés n’ont pas un niveau de qualité satisfaisant. Cela concerne les activités directement liées au tourisme (p.ex. hébergement, restauration, transport, information) et les autres services (p.ex. communications, banques...).

- pour intégrer l’environnement dans le processus de planification, pas comme un facteur qui empêche le développement, mais comme principale composante de la qualité de vie, indispensable autant pour le développement touristique que pour le bien être de la population locale à long terme. Or, l’application des règles strictes quant à l’aménagement des sites, l’urbanisation, la forme et l’échelle des bâtiments, la protection des zones humides et des biotopes etc. doivent être reçus comme la préservation et valorisation du capital naturel commun et non pas comme atteinte à la liberté individuelle.

 

2) Organisation de l’activité touristique qui se limite aujourd’hui aux seuls services de base (hébergement et restauration) et son intégration à l’ensemble des activités locales.

A Lesvos, comme d’ailleurs à l’ensemble des lieux touristiques de la Grèce, la création d’installations touristiques signifiait exclusivement la construction d’hôtels et d’autres types d’hébergement. En outre, jusqu’en 1992 les seuls investissements privés financés par l’état dans le cadre de la loi portant “sur les incitations à l’investissement” étaient précisément toutes sortes d’hébergements. Par conséquent le manque des installations diverses qui permettraient aux visiteurs de se divertir, de diversifier leurs activités, de s’informer, de se balader et finalement de consommer davantage, est flagrant. Rester soit sur la plage, soit sur une terrasse de café ou de restaurant est la seule solution.

Le manque d’intégration entre tourisme et les autres activités locales est très frappante même sur une île comme Lesvos où le secteur agricole est présent partout. Or, l’effet multiplicateur reste particulièrement petit (salaires, plus value des terrains) et son impact sur le processus de développement reste marginal. La non-valorisation des ressources locales, signe de sous-développement, réduit davantage les bénéfices escomptés. Autre résultat qu’on traitera dans le paragraphe suivant: l’homogénéisation du produit offert.

 

3) Diversification et différentiation du produit touristique offert en exploitant les caractéristiques particulières de l’île afin d’attirer un maximum de touristes aux centres d’intérêts spéciaux.

Une règle élémentaire du marketing dit que chaque producteur essaie de différentier son produit par rapport à ce lui du concurrent ou, à la limite, il peut essaier de convaincre le consommateur de l’existence de cette différence afin de pouvoir vendre mieux son produit. Diversifier la production est une précaution supplémentaire du producteur pour minimiser les risques provenant de l’instabilité du marché.

Mais Lesvos, même si elle n’est apparue sur le marché touristique que depuis une dizaine d’années, a présenté à la clientèle le même produit rencontré partout en Grèce et plus généralement dans toute la “ceinture du soleil” (sun belt): le tourisme héliotropique homogénéisé dans des hôtels dont l’architecture n’a rien à faire avec l’architecture locale, où la cuisine est internationale, basée sur des produits importés. Il est vrai que si dans la plupart des brochures des tour-operators et de l’Office National du Tourisme Hellénique on peut interchanger les noms des destinations et personne ne l’apercevra. Le produit vendu est le soleil et la mer; les particularismes de diverses espaces sont estompés.

L’environnement et l’héritage culturel d’un lieu constituent les éléments essentiels de son identité. Une valorisation appropriée peut créer de nouveaux produits uniques, peut permettre de diversifier et enrichir le produit existant, d’attirer une nouvelle clientèle, d’accroître les flux financier restant localement et de mieux repartir les flux touristiques dans l’espace et dans le temps.

Lesvos a tous les éléments pour réussir un tel pari: des monuments de la période antique et byzantine, des bâtiments et généralement une architecture urbaine et agricole remarquables, un artisanat de qualité (sculpture et meubles en bois, poterie, broderie etc.), une tradition dans les lettres (poésie, littérature) qui remonte à l’antiquité, une cuisine particulière liée à des produits locaux, des biotopes et des zones humides classés au niveau européen (dont le foret pétrifié, les baies de Gera et de Kalloni), des forets d’olivier et de pin extraordinaires, des ressources d’eau chaude, des grottes etc.

La majorité de ces éléments sont, soit en voie de disparition jugés sans valeur devant les éléments importés, soit en voie d’être “consommés” gratuitement (car il s’agit des ressources naturelles et des biens communs dont la gestion n’est assurée par personne) par un tourisme soucieux d’externaliser ses coûts.

Aujourd’hui on trouve d’exemples des produits touristiques basés sur l’exploitation des ressources dans les programmes des tour-operators. Même s’il s’agit d’activités marginales en volume par rapport à l’ensemble des paquets proposés, le bird-watching, la randonnée et la peinture servent à former des produits touristiques adresser à des clients à des intérêts spéciaux. Il ne faut pas oublier que la peinture a servi de “leader d’opinion” au commencement du développement du tourisme à Lesvos quand, dans les années 60, l’Ecole des Beaux Arts a ouvert un atelier de peinture pour ses étudiants à Molyvos. Ce village, leader et principal lieu du développement touristique de l’île, a profité largement de cette expérience dont les traces restent visibles jusqu’à aujourd’hui.

 

B. LA VALORISATION DE L’HERITAGE NATUREL ET CULTUREL DE LESVOS

Un exemple réussi de produit touristique spécifique qui attire des visiteurs nationaux, c’est le tourisme religieux généré par l’attraction exercée par les monastères de l’île et surtout celui de St.Raphael. Dans ce cas on a affaire à une valorisation d’une ressource culturelle qui attire des visiteurs surtout de la Grèce du Nord et de Chypre, lesquels ne seraient jamais venus à Lesvos pour des vacances classiques. Ils viennent surtout pendant la saison creuse, séjournent dans la capitale (Mytilini) et plus généralement sur la côte orientale de l’île, laquelle est la moins touristique, et achètent beaucoup les produits locaux.

Donc, on constate que sans présenter un produit exclusif - car il y a beaucoup d’autres pôles d’attraction de ce type du tourisme plus connus et plus facilement accessibles - Lesvos “rafle” un part du marché du tourisme religieux avec des retombées tout à fait positives.

Dans ce contexte la nouvelle politique touristique de Lesvos qui est proposé repose sur les axes suivants:

Plus précisément la démarche comprend:

  1. l’exploitation des anciennes raffineries d’huile d’olive et des savonneries comme centres d’attraction touristique, de création et de manifestations culturelles.
  2. la mise en valeur du hydrobiotope Dipi-Larsos qui est un biotope classé Corine.
  3. le développement d’un réseau de stations thermales.

Par la suite nous allons analyser la première proposition, sans vouloir lui accorder une certaine supériorité. D’ailleurs si on voulait établir un lien entre les différentes propositions, ce serait plutôt en terme de complèmentarité qu’en terme de compétition.

Les raffineries sont de bâtiments industriels du 19ème et du début du 20ème siècle, qui ont été créé partout dans l’île pendant la période de sa prospérité économique, prospérité dont elle était la cause d’où elle provenait dans une large mesure. Pendant les années 80 il y a eu un encouragement pour une réutilisation de ces bâtiments dont l’architecture est remarquable. Deux d’entre elles sont devenues des hôtels et cinq autres des centres culturels avec des salles polyvalentes.

Ces derniers, gérés par les communes dans lesquelles ils sont situés, ont eu jusqu’à aujourd’hui une utilisation limitée; des manifestations d’intérêt local y sont organisées, tandis que les associations culturelles et les clubs sportifs locaux y sont abrités. Afin de les sortir de cette sous-utilisation une proposition a été élaborée.

Cette proposition veut redonner à ces bâtiments - qui dans d’autres temps créaient de la richesse - une utilité par une nouvelle utilisation qui correspond aux besoins contemporains. Ces bâtiments pourraient avoir plusieurs fonctions telles que:

a) centres d’attraction touristique

b) centres de manifestations de qualité dépassant les limites locales

c) centres de création culturelle

d) centres de conférences

L’idée principale est de faire des pôles d’attraction des touristes par la création de petites expositions thématiques sous un thème central tel que “Lesvos d’hier et d’aujourd’hui” afin de mettre en avant les différents aspects de l’histoire économique, sociale et culturelle de l’île qui semblent être propices pour une liaison entre le passe et l’avenir. Lesvos industrielle (ouzo, raffineries - savonneries, marées salantes etc.), Lesvos agricole, Lesvos du commerce et de la marine, Lesvos artisanale, Lesvos de la nature, Lesvos des lettres, Lesvos bâtie, sont des thèmes possibles, sans que la liste soit exhaustive.

Autour de ces expositions permanentes, d’autres manifestations doivent se greffer; p.ex. promotion et vente des produits locaux, organisation des cours de fabrication des produits artisanaux, organisation des cours de langue, de cuisine, de musique, de danse grecque, des manifestations culturelles, des cours d’été organisés par l’Université d’Egée etc.

Un organisme réunissant les représentants du Conseil Départemental (qui est l’inspirateur de cette politique) et des communes possédant les centres culturels doit se constituer pour coordonner des actions de la préparation et gérer de fonctionnement des Centres.

Il faut noter ici que le Ministère de la Culture est en train de préparer des interventions dans le même sens (c’est-à-dire création des expositions thématiques) dans trois de ces bâtiments. Si cette opération réussit, d’autres bâtiments importants provenant de la même période de la prospérité économique de l’île pourraient être sauvés et en même temps de couvrir davantage de thèmes de l’histoire locale.

La mise en valeur de l’ “hydrobiotope” Dipi-Larsos dans la magnifique baie de Gera repose sur une étude de l’Université de l’Egée. Selon l’étude, le but n’est pas de créer un lieu pour des écologistes où toute activité serait interdite, mais de créer un pôle d’attraction, d’information, d’éducation, d’animation tant pour les spécialistes que pour le public-touriste intéressé, sans oublier la population locale. Il s’agit d’une intervention soucieuse de prouver que la préservation de l’environnement n’est pas synonyme du terme “arrêt du développement”, mais du terme “développement durable” si on décide de changer certaines pratiques de gestion des ressources.

Le biotope, situé près de la capitale et sur la principale route reliant les portes d’entrée sur l’île aux différents centres touristiques, deviendrait facilement un centre d’information pour l’ensemble des écosystèmes importants de l’île. Des actions telles que la création du musée de l’Histoire Naturelle de l’île, situé près du bois pétrifié de Sigri, sont des actions complémentaires.

La création d’un réseau de petites stations thermales avec des caractéristiques différents a pour objet de profiter du besoin accru des hommes d’aujourd’hui de se relaxer et pour avoir une vie plus saine (health care tourism). Situées dans des espaces ruraux disposant des hébergements et près de la mer peuvent facilement offrir au touriste un grand nombre d’activités d’open air sans avoir besoin de recourir à des installations de grande échelle et très coûteuses; celles-ci pour être rentables ont besoin de grandes concentrations touristiques, ce qui est peu “soutenable”.

On constate que le marché visé par les activités proposées ci-dessus, n’est pas le grand marché du touriste moyen, sans pour autant avoir comme objectif d’exclure ce dernier. Il s’agit d’une clientèle spéciale et avertie, laquelle doit être découvrte, attirée et persuadée. Attirer par la qualité (il ne faut pas confondre qualité et luxe), l’originalité, le professionnalisme, la différence. Organiser des colloques dans ces bâtiments là, n’est pas la même chose qu’organiser un colloque dans un hôtel 5 étoiles moderne et anonyme dans une capitale européenne. C’est d’offrir un lieu de réunion dans un bâtiment où les traces de son utilisation antérieure restent encore visibles, situé dans un endroit qui offre une qualité d’environnement naturel et culturel et un moment de détente, pour lesquels l’homme d’aujourd’hui a de plus en plus besoin.

Bien sur, la promotion des activités présentées ci-dessus ne sous-entend pas que d’autres activités ne pourront pas se développer; au contraire tout enrichissement possible du produit touristique est le bien venu pour des raisons évidentes.

 

CONCLUSION

Pourquoi parler du tourisme soutenable à Lesvos? Est-il par une volonté d’être à la mode? Il y deux raisons:

- la première a ses racines dans l’approche macro-économique de l’économie de l’environnement. D’après cette approche c’est l’échelle des activités économiques et par conséquent l’échelle des interventions sur les ressources naturelles qui est à la base de tout problème d’environnement. Or, les îles, espaces de petite échelle par définition, ne peuvent pas supporter des activités de grande taille sans courir le risque de déranger l’équilibre de leur écosystème.

- la deuxième a ses racines dans les problèmes spécifiques de Lesvos que nous avons décrit au début de notre intervention. Il y a besoin de changer la logique de la gestion des ressources naturelles et culturelles si l’on veut que le tourisme devienne un moteur de développement à long terme.